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mondernierjob

MAIN GAUCHE, MAIN DROITE

 

MAIN GAUCHE, MAIN DROITE mondernierjoblouhanne89(Dessin réalisé sur une idée de Louhanne89)

 

Témoignage de : Louhanne89 (Camille)

Age : 38 ans

Localisation : Non communiquée

Reçu par email en : mai 2010 (texte remanié par l’auteure elle-même en août)

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Mise à jour du 23 mars 2011 :

Louhanne89 nous a quittée le 03 mars 2011. Toutes nos pensées vont vers son compagnon, son petit bout et sa famille.

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Bonjour. Pour ce site, je m’appelle Louhanne, parce que je ne tiens pas à témoigner sous mon vrai nom. En vérité, j’ai très peur qu’on me juge.

Les choses importantes à savoir sur moi sont que j’ai bientôt la quarantaine, que j’ai une petite famille que j’aime par dessus tout. Je tiens à dire aussi que je ne tiens pas, mais alors absolument pas à retravailler un jour. Le monde du travail tel qu’il est m’a dégoutté pour toujours.

Si je parle aujourd’hui de ce qui m’est arrivé avant que j’arrête de travailler, c’est parce que j’ai réussi à enfin renouer avec le passé et à pardonner à mes cauchemars, à cause de tous les gens qui m’ont fait du mal.

Mon regard sur le passé ne changera pas mais enfin, je peux me retourner dessus maintenant avec un peu plus de sérénité.

Aujourd’hui, je vis presque heureuse avec mon loulou et mon bout-de-chou, mais je n’oublie pas que la souffrance au travail m’a fait plonger dans une profonde dépression, jusqu’à la folie.

Je voulais me supprimer tellement j’avais mal.

La seule chose que je retiendrais de bien d’avant tout ça sont mes études parce que je me suis donnée à fond pendant quatre années pour être la meilleure au travail. Je me disais que rien ne serait ensuite impossible si je me donnais la volonté nécessaire.

Mais je me suis trompée car on m’a utilisée avant de me jeter comme un klinex. Non, ce n’est pas vrai, ce ne sont pas ceux qui se dépassent qui récupèrent ensuite les lauriers de leurs efforts. Mes lauriers à moi, on me les a volés.

J’ai connu deux grandes périodes difficiles dans ma carrière. Il y a en a une à laquelle je repense lorsque je regarde ma main droite et une autre à laquelle je repense lorsque je regarde ma main gauche.

Si je veux savoir quel chemin j’ai parcouru dans la vie pour avoir survécu à l’ignominie de la souffrance du travail, je n’ai juste qu’à regarder mes mains.

Traditionnellement, on porte l’alliance à gauche. Et bien moi je ne peux pas parce qu’il me manque les deux première phalanges à l’annulaire (et un petit bout du majeur). Maintenant, la partie de doigt qui me reste est petite et conique. Elle ne retient donc plus aucun bijou.

Ceci, je le dois au zèle d’une cheffe d’atelier qui s’est crue intelligente en remettant en marche une ligne de production alors que j’avais ma manche coincée dans le système d’entraînement.

Elle ne m’aimait pas et je le voyais bien dans son œil de cochon. Ce jour là, malgré les alertes des collègues qui étaient présentes autour, elle savait vraiment ce qu’elle faisait quand elle a remis le courant.

Elle devait penser que ma manche serait arrachée et que j’allais avoir peur, comme pour me punir. Le tissus n’a pas craqué en réalité et ma main est partie dans l’entonnoir en une demi-seconde. Le mouvement fut trop rapide pour que je réagisse.

Plus tard, je me suis fait recoudre à l’hôpital mais la partie manquante de mon doigt n’a jamais été récupérée. Il me manquera toujours un bout de moi.

Après l’accident, j’ai pu bénéficier d’un reclassement dans le tertiaire où je pensais que j’allais finir ma carrière raisonnablement.

Avec mon doigt en moins, je faisais en sorte qu’on ne s’en rende pas compte. Je trouvais toujours une astuce pour le cacher. Je ne voulais pas qu’on le remarque et que ça m’attire des ennuis avec qui que ce soit. Je voulais travailler en paix et qu’on ne me martyrise plus. Je faisais tout pour être la plus discrète.

Après une première année sans histoire, j’ai découvert un nouveau chef de service à qui mon handicap ne posait aucune difficulté.

Au début, on a bien collaboré et il m’a donné l’impression que tout était possible. Alors, je travaillais avec plus de plaisir et je rentrais plus tard chez moi. Enfin un jour, je me suis aperçue que je faisais un nombre d’heures beaucoup trop important. J’ai voulu lui en parler et il s’est fermé. Il ne voulait pas entendre que j’avais une vie à l’extérieur.

Après, c’était de plus en plus dur, jusqu’au jour où il m’a annoncé qu’il fallait qu’il me trouve une remplaçante car je ne satisfaisais plus aux besoins du service. Je n’y comprenais plus rien vu qu’avant je gérais très bien le secrétariat alors que ce n’était pas dans mes fonctions de départ.

Alors, je me suis accrochée à mon travail, j’y est tout donné, je faisais en sorte que mon chef change d’avis sur moi et que la relation s’apaise, mais il s’était juré d’avoir ma peau, il voulait me faire craquer à tout prix pour que je parte.

Je n’ai pas tenu très longtemps. En quelque mois j’étais devenue une droguée des médicaments, ce qui a fini de me conduire à l’hôpital psy.

Par la suite, je suis restée deux ans à la maison à ne rien faire. Mon loulou travaillait tout le temps de son côté et on ne se voyait pas tous les jours.

Je me sentais très mal, totalement inutile et même indigne d’occuper une place sur cette terre. Je n’étais qu’une merde qui buvait et se défonçait aux médocs. Alors, je n’avais plus qu’une idée en tête, disparaître dans la nature sans laisser de trace pour organiser mon suicide loin de chez moi.

Un jour, je suis partie sans donner de nouvelles et j’ai disparu pendant plusieurs jours. J’avais l’idée fixe de me jeter d’une falaise car j’imaginais que mourir pareillement allait être plus facile. Mais trop nulle que j’étais, je n’ai rien tenté. Avec beaucoup d’alcool dans le sang, j’ai quand-même malgré tout réussi à m’ouvrir le poignet droit avec un cutter. Quand on m’a récupérée dans ma voiture, il paraît que j’étais inconsciente. Encore un peu et là je mourrai vraiment.

Je pleure car c’est encore très dur d’écrire tout ça.

Aujourd’hui je suis suivie par une psychiatre pour des troubles mentaux importants. Je fais maintenant tout ce qu’on me dit, surtout ce que me dit mon loulou, et je prend les médicaments qu’il faut pour avoir une vie moins noire. Je ne vis plus à en secteur psy depuis bientôt un trois mois mais je suis encore très fragile.

Cet été 2010, se sont mes premières vacances loin de ma chambre d’hôpital. J’ai encore du mal à me sentir bien hors de la curatelle. Les allées des grands magasins et la foule des plages m’intimident beaucoup, mais il faut que j’arrive à dépasser mes angoisses.

Loulou et bout-de-choux sont là pour moi. Parce que je suis maman maintenant et que malgré tout, la vie est un cadeau formidable, je me dois de devenir plus forte.

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Note de Valérie : Pour mieux comprendre le parcours de Louhanne, voici quelques repères temporels.

1994-1998 : Cycle d’études en double cursus. (langue et commerce international)

1997-1998 : Contrat à mi-temps sur une chaîne de conditionnement alimentaire, en parallèle des études.

Juin 1998 : Accident et amputation partielle.

Novembre 1998 : Dans l’impossibilité de faire valoir ses diplômes et face au handicap, Louhanne décide de changer d’orientation professionnelle, d’où le reclassement.

1999-2002 : Poste d’agente d’accueil, puis de secrétaire.

2002-2004 : Période d’inactivité et d’effondrement moral.

2004-2010 : Séjours successifs en hôpital psychiatrique, (2006 : Naissance d’un enfant)

Mai 2010 : Le début d’une nouvelle vie ?…

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Si vous souhaitez retourner à la liste des témoignages, cliquez ICI

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Par mondernierjob le 22 septembre, 2010 dans Non classé

  1. Bouleversée par ton histoire, Louhanne, cette cheffe d’atelier méritait la prison ! Tu as bien fait de miser désormais ta vie et ton bien-être sur ta famille maintenant, tu l’as amplement mérité, et je te souhaite tout le bonheur du monde avec ton loulou et ton bébé !
    Kate/Virya.

    EDIT :
    Note de Valérie : Pas de prison pour cette femme, mais un licenciement immédiat pour faute grave ainsi que des conséquences financières assez importantes par la suite. Avis aux petits chefs qui aiment faire régner la terreur : L’abus de pouvoir a toujours un prix !

    Commentaire by virya — 23 septembre, 2010 @ 5:05

  2. Je rassemble ici quelques commentaires d’anonymes ou de proches touchés par le décès de Louhanne89 (Valérie)

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    Louhanne ! Je pense fort à toi, à ton compagnon et au bout-de-chou qui doit avoir aux alentours de 5 ans…

    Commentaire par virya (dépositaire sur mondernierjob) — 13 mars, 2011 @ 7:40

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    Tu étai tro jeune pour mourir

    Commentaire par helen — 14 mars, 2011 – heure inconnue

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    Tu me manques. Ta copine Sarah

    Commentaire de Sarah – Transmis par mail

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    Merci aux blogueurs d’avoir laissé le témoignage de Louhanne89 en ligne. Je suis persuadé qu’elle n’aurait pas mis fin à ses jours si elle n’avait pas été dévastée par la non-reconnaissance professionnelle. Encore une de plus qui ne réclamera pas sa retraite. C’est bien dommage. Eric

    Commentaire d’Eric – Transmis par mail

    -

    (Ici, votre commentaire ?)

    Commentaire by mondernierjob — 23 mars, 2011 @ 13:33

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