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Auteur:

mondernierjob

DE QUOI VIT-ON LORSQU’ON QUITTE LA ROUTE TRACÉE ?

Petite exception pour une fois, cet article ne sera pas un témoignage !

Touchant au sujet délicat des ressources des non-travailleurs volontaires, nous sommes déjà persuadés que celui-ci sera de loin le plus consulté du blog. Et pour cause ! Que l’on se positionne en tant qu’ardent défenseur de l’anti-besogne ou que l’on soit, tout au contraire, pro-travail, le sujet mérite d’être creusé. Il l’est d’autant plus que vous êtes un certain nombre à nous avoir déjà posé, directement ou indirectement, ce genre de questions : Comment fait-on lorsque aucun salaire ne tombe dans l’escarcelle ? De quoi vit-on quand la route tracée est quittée ?

Pour satisfaire à la compréhension de tous, nous nous sommes donc concentrés quelques jours sur ce point précis et avons mûri notre petite réflexion. Par avance, nous adressons tous nos plus chaleureux remerciements aux participants qui nous ont entrouverts les arcanes de leurs vies privées ainsi que de leur porte-monnaie.

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1 – La théorie des profils

De manière synthétique, si l’on ne devait retenir qu’une seule métaphore correspondant à la cohorte des personnes vivant en dehors du salariat, cela se résumerait ainsi… Un iceberg !

 

DE QUOI VIT-ON LORSQU'ON QUITTE LA ROUTE TRACÉE ? mondernierjobiceberg

La raison en est toute simple : Seulement une petite partie émergée et tout le reste dissimulé !

Souvent stigmatisés par un pan de société qui se considère comme bien-pensante, eu égard à des codes de pensée dont elle n’est même pas parfois consciente, les non-travailleurs ne sont généralement pas très loquaces lorsqu’il faut aborder le sujet de leurs moyens de subsistance. Chacun cherchant à camoufler un tant soit peu ses méthodes de rémunération et ses astuces, comme le ferait un pêcheur avec ses bons coins à poissons.

Pour revenir à l’image de la montagne de glace flottante, nous nous retrouvons donc avec seulement 1/7eme de non-travailleurs notoirement visibles des services de l’État, des médias et du regard direct de monsieur-tout-le-monde. Il s’agit, pour la plupart, d’allocataires ou de personnes dépendant des ressources économiques d’un tiers.

Le profil des allocataires est bien connu. Sans mystère, on y retrouve chômeurs, pré-retraités, handicapés, RSAistes et autres candidats enrôlés dans les différents plans de retour à l’embauche, tous diligentés avec force effet d’annonce par les instances gouvernementales.

Quant aux personnes dépendantes, le panel qui compose cette frange se résume immanquablement par la rencontre des deux extrémités de la vie. D’un côté, on y retrouve sans surprise les moins de vingt-cinq ans, majoritairement sans aide, sans toit et sans première expérience professionnelle, donc de facto, sans la perspective d’un recrutement par un employeur. De l’autre, le grand âge fait de plus en plus son apparition au sein de cette population, un nombre d’aînés sans cesse grandissant qui a le malheur de conjuguer à la fois la précarité et le manque de trimestres aidant à l’établissement d’une retraite à taux plein.

Voilà pour la partie visible de la pièce de glace, celle-là même, blanche et immaculée, que tout navigateur peut déjà apercevoir au loin à l’aide de bonnes jumelles. Bien ! Mais qu’en est-il d’en dessous ? Car nul n’a besoin d’être mathématicien chevronné pour concevoir que 1/7eme ne formule pas le tout…

Toujours sur le fil de cette métaphore arctique, et placés cette fois en limite de la ligne de flottaison, apparaît alors la couche compacte des bidouilleurs, combinards, troqueurs et autres “décroissants” que les sirènes de la consommation globale peinent de plus en plus à séduire. Là, présentement, le mystère commence à s’épaissir et l’obtention d’informations sur les astuces de chacun est soudainement un processus moins aisée. Telle la glace bleutée de l’iceberg, il devient singulièrement plus difficile d’en percer le cœur.

Certains affirment ne pas abuser de procédures illégales, afin de demeurer le plus souvent dans un cadre honnête. Ils optent pour la réduction drastique de leurs élans de consommation, changent parfois complètement de mode vie, privilégiant ainsi une rupture entendue et réfléchie avec l’argent souverain.

Déchethèques, troc et réseaux sociaux tentaculaires sont à l’ordre du jour. Innovations techniques et écologiques sont aussi de la partie, tout comme la maîtrise artisanale du solaire, de la récupération des eaux de pluie, sans oublier la quête de l’autosuffisance alimentaire. MacGyver n’a qu’à bien se tenir au manche de son couteau suisse, car lui fait maintenant face une sérieuse concurrence de bricoleurs avertis. Bienvenue dans la ruche altermondialiste qui souhaite pour demain la fin de l’hégémonie d’une économie boursière toute puissante.

Mais, à demi-mots, quelques autres se laissent aller à la confidence et reconnaissent, goguenards, pratiquer couramment la récup’ sauvage, le squat en bande très organisée, et aller jusqu’aux limites de la fiscalité en matière de taxes et autres formes de déclaration. Pour ces derniers, ce n’est point s’avilir que de prendre si fortement la tangente. Tout au plus cela se résume-t-il le plus souvent à l’envie de bousculer violemment les fondations d’un système social qui ne mérite pour eux que très peu d’égard, relatif simplement au fait que celui-ci est administré, sans transparence, par des hommes de pouvoir emplis de morgue et de suffisance.

On concède alors rouler à l’huile de friture plutôt qu’avec un carburant totalement soumis à la TIPP. On élabore, de manière empirique, des réacteurs Gillier-Pantone pour doper et assainir de vieux moteurs thermiques. On n’imagine pas non plus payer à la sortie des magasins une marchandise alimentaire fraîchement dérobée, et qui serait de toutes les façons jetée en fin de journée par benne entière sur une montagne d’ordures, la date limite de consommation et les obligations sanitaires étant parfois des démonstrations de la loi un peu trop zélées. C’est ce qu’on appelle, dans le jargon des professionnels de la distribution, la “casse alimentaire”.

Se jouer continuellement des caméras de surveillance et des vigiles, payés à coup de lance-pierre, est un sport à grande échelle ! Il arrive qu’il n’y ait parfois aucunement besoin de recourir aux associations caritatives tant la fauche semble promise à réussite. L’idée, comme quoi les centres commerciaux seraient des forteresses imprenables, aurait vécu. Bien entendu, il en va de même pour les transports en commun qui n’ont jamais connu si fort taux de fraude que durant ces dernières années. Quelques collectifs vont jusqu’à se mettre en place actuellement pour mutualiser le montant des contredanses, afin de minorer les effets sur chaque fraudeur en cas de délit constaté. Geste à la portée plus politique que clairement anti-fiscal, bien évidemment.

On se réserve également l’idée de se réapproprier la rue comme symbole d’une agora moderne, et de downloader à tout rompre des formats illégaux, dans le but avoué de flouer les majors, celles-là même qui ont porté très tôt le désir embryonnaire de muer le droit des artistes en droit des maisons de disques. On se dit finalement que pour recentrer les valeurs humaines et influer durablement sur l’avenir, rien n’est mieux que de s’adonner dans l’ombre à une magistrale désobéissance civique.

En dessous de cette limite, à deux brassées de la surface seulement et nappée d’un silence tout aquatique, vit enfin la masse de ceux dont les méthodes ne regardent plus personne. Étonnamment, se trouve là le plus grand nombre !

Telles rascasses dardées tournoyant autour des miroirs de bulles, les petits dealers et les braqueurs ne sont guère loin dans les parages, accomplissant leurs affaires dans les halls d’immeubles et les commerces et rigolant comme des baleines du statut récent de l’auto-entrepreneur.

Les rejoignent alors les adeptes de la prostitution, qu’elle soit organisée, ritualisée ou bien temporaire. Un choix paradoxal qui implique d’être rattaché sous une certaine forme au lointain monde du travail sans jamais en mériter ouvertement la reconnaissance sociale. Une sorte de souhait transfuge que cette population sexuée partage avec une autre, très différente sur la forme et sur le fond, mais dont la particularité première est de préférer toujours plus le crépuscule des grands fonds que la lumière, c’est à dire, les personnes vivant de manière irrégulière sur un territoire.

Enfin, aux antipodes de la surface, hors de portée de vue et noyé dans l’épaisse obscurité propice aux coups tordus, se concentrent toutes les formes d’escrocs pour qui le travail, valeur aérienne par excellence, n’est certainement pas une notion envisageable, tant elle semble dégradante.

Du chef de clan à l’apprenti voleur, ceux-là même éclairés dans leurs choix crapuleux qui ne s’accordent en rien avec les conceptions normatives du monde du travail, ne semblent pas craindre le recours à des méthodes discutables. Pas ou peu de code déontologique et aucune concession envers l’ordre établi. Ils n’ont dans le fond qu’une seule angoisse : Que la masse rompue de l’iceberg ne se retourne brusquement, à entendre par là un bouleversement social, ce qui les ramènerait nécessairement au grand jour.

2 – La réalité des conjugaisons

Mais la réalité n’épouse pas forcément les chemins de strates aussi linéaires ! En vérité, comme les veines marbrées qui s’étirent tout du long des glaces de l’iceberg, des passerelles invisibles sont jetées par endroit, reliant alors les différentes conditions sociales précédemment décrites. Le bas s’attache donc avec le haut, et l’honnêteté s’accommode parfois de combines illicites. En conséquence, cela donne le plus souvent un patchwork de valeurs tout à fait bigarrées, qui se recoupe parfois en un seul et même individu.

En cela, les exemple qui suivent sont explicites autant que concrets. Ils sont le reflet de cas authentiques dont seulement les patronymes ont été masqués, par souci du respect de la vie privée.

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Maxime : 31 ans ; père de famille ; sportif et randonneur ; ancien commercial dans le BTP ; allocataire de l’ASS ; dispose d’une déchethèque dont il troque les éléments contre d’autres biens ; vit pour l’instant en mobilhome ; pratique de temps à autre le vol alimentaire ; milite pour la régularisation des sans-papiers ; supporte un crédit depuis de nombreuses années.

Revenu mensuel : de 1100 à 1350 €

Reste une fois tout payé : 40 €

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Laurence : 46 ans ; vit en couple ; touchée par une maladie dégénérative ; propriétaire d’un immeuble très ancien reçu en héritage mais dont l’entretien avale le montant insuffisant des loyers ; sans emploi ; vit d’une aide sociale et d’une pension d’invalidité ; a été plusieurs fois rectifiée à l’impôt ; a vendu sur les marchés sans autorisation.

Revenu mensuel : 995 €

Reste une fois tout payé : 0 €

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Goran : 51 ans ; divorcé ; ancien réfugié politique ; propose ses services d’ex-mécanicien professionnel contre biens et produits de consommation ; spécialisé dans la récupération d’épaves automobile ; écoule des pièces sur internet ; fut incarcéré pour vol de voiture en ex-Yougoslavie ; participe très activement au milieu caritatif de sa région.

Revenu mensuel : de 900 à 1100 €

Reste une fois tout payé : 100 €

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Jean-Marie : 48 ans ; vit en couple ; ancien fonctionnaire territorial ; sédentarisé depuis trois ans ; a parcouru précédemment l’Europe en camion ; préfère la vie en communauté ; prône l’autonomie alimentaire et énergétique ; jardine bio en toute saison ; écoule sa production à l’extérieur ; a perçu le RMI durant plusieurs années, mais ne touche plus rien ; compte avant tout sur sa communauté pour les premières nécessités.

Revenu mensuel : 300 €

Reste une fois tout payé : 100 €

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Samuel : 38 ans ; séparé mais vit en couple ; gardien d’immeuble licencié depuis un an ; vit actuellement sur son allocation chômage ; spécialisé dans la récupération, le troc et la revente de métaux ; prend à sa charge trois enfants ; est actuellement étranglé par un crédit revolving.

Revenu mensuel : 1455 €

Reste une fois tout payé : 0 €

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Karina : 27 ans ; séparée ; détentrice d’un bon niveau d’étude ; ancienne hôtesse en grande surface démissionnaire ; chômeuse non-allocataire depuis trois ans ; a vécu en squat et en collocation sur la capitale ; propose ses charmes sur internet depuis un an ; a pratiqué quotidiennement le vol en magasin jusqu’à son interpellation.

Revenu mensuel : de 2400 à 2700 €

Reste une fois tout payé : de 800 à 900 €

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Mathieu : 23 ans ; ancien étudiant ; célibattant ; aime la fête ; en rupture avec sa famille ; vit dans un squat en centre ville d’une grande agglomération ; ne possède pratiquement rien si ce n’est un ordinateur portable et un saxophone ; bosse parfois au black ; reçoit aussi régulièrement de l’argent de son frère ; milite contre les OGM ; milite pour le logiciel libre ; hacktiviste ; pratique quotidiennement le vol alimentaire et vestimentaire.

Revenu mensuel : de 300 à 350 €

Reste une fois tout payé : 0 €

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X : 41 ans ; vit en couple ; ancienne femme d’agriculteur ; suivie pour trouble psychiatrique ; a changé récemment de vie suite à un désengagement politique ; chômeuse en fin de droit sans revenu de remplacement ; vit grâce aux associations caritatives ; est logée à titre gratuit ; par décision de justice, n’a plus la garde de son fils.

Revenu mensuel : 0 €

Reste une fois tout payé : 0 €

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Mariama ; 46 ans ; apatride régularisée ; a fait la grève de la faim ; mère de deux enfants ; tournée vers la religion ; croit en sa bonne étoile ; pratique les arts divinatoires ; compte exclusivement sur sa communauté ethnique pour le logement et la nourriture ; a pratiqué de nombreux emplois non-déclarés chez des familles aisées ; ne cherche plus de travail depuis un an.

Revenu mensuel : de 600 à 800 €

Reste une fois tout payé : 300 €

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Nous tenons particulièrement à remercier :

Annie & Thomas, Cizia, Pascaline (youyou), Maryse la chasseresse, Chantou, Bhilé, ɘxhibiti8n-m4n (l’Ω o sexal-R), Grojeannot, Stéphane de Melun, Joëlle “toute seule”, Annanonim, Chasseur Zéro, Rog50, Françoise-Élise, Linda, Yjohann, Laurine, *-Estel-*, Birloute, Горан, Sainte-Madeleine, Naomie Soupcampbell, Juju_la_roue_libre, Théodore, Michel du Mont-Saint, Samuel et son frangin (dont on a perdu le nom), Samuel “l’autr’machin”, Benjamin, Hamed, Serge “tout-va-bien”, Kate de Bruxelles, le Termidor, Siitoo, Tomoya, Simonette de Toulon, Extasia, Sancho-Panzo, Christophe B, Nelson99, Jean-Pierre de la Poste, Scarfesse, J’ean-M’ichel, Salomé & Thierry, Môsieur Bidouille, BlackBox et toute la clique infernale de Mamie Poussin, qui ont tous participé de près ou de loin à la préparation de cet article.

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Vale & Fane

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Par mondernierjob le 5 août, 2010 dans Non classé