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mondernierjob

INADAPTÉE

 

INADAPTÉE mondernierjobkate

 

Témoignage de : Kate

Age : 44 ans

Localisation : Bruxelles

Reçu par email en : juin 2010

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Est-ce qu’on naît inadapté(e) ? Est-ce qu’on le devient ?

Les sociologues ont un mot pour désigner le frein que peut représenter dans la réussite de sa vie, un contexte familial et l’espèce de loyauté inconsciente qu’on lui voue : « habitus »… L’habitus serait responsable de quantité d’échecs, scolaires et/ou professionnels, et cela dans tous les milieux, malgré la touche de libre arbitre que nous possédons tous.

On peut aussi avoir reçu tellement de coups dans une vie tellement toxique, qu’on se soit réfugié hors-réalité, que ce soit dans l’alcool ou autre, peu importe… La résilience ne fonctionne pas toujours et pas mal d’humains qui ont mordu la poussière ne se relèvent jamais vraiment.

A moins que notre caractère personnel ne soit prépondérant, et fait pour se couler, ou non, dans le moule de la société dans laquelle il est tombé… J’imagine par exemple un besoin profond de vivre en autarcie dans un monde où le consumérisme est absolu et obligatoire…

Il y aurait sûrement différentes formes d’inadaptation empêchant la réussite.

Mais aussi, que veut dire « réussite » ?

Est-elle forcément visible aux yeux de l’entourage ? Jusqu’à quel point doit-elle être reconnue socialement ? Jusqu’à quel point son invisibilité pourrait-elle impliquer un leurre de réussite et non une réussite « réelle » ? En d’autres termes, peut-on avoir « réussi » sans que personne ne le sache jamais et quelles seraient alors les conditions de cette réussite-là ?

Ce préambule pour vous faire comprendre à quel point, perdue dans les méandres des possibilités infinies des raisons de ma propre inadaptabilité, je peux infructueusement aller très loin dans mes recherches sur ces questions cruciales… il y a une part de mystère que je ne résoudrai jamais… Je ne témoigne donc pas ici pour apporter « ma » réponse, j’en suis réduite à raconter, simplement.

J’ai vécu mon enfance dans la peur d’une mère psychotique, que j’ai fuie alors que je n’étais nullement prête à affronter le monde, le genre « oisillon tombé du nid » quoi…

Ont succédé à ce départ précipité les « années galères », celles des petits boulots innombrables, depuis le sacro-saint Macdo jusqu’à modèle à l’académie de dessin en passant par serveuse, ouvreuse de cinéma, et tant et tant d’autres… Années aussi des cassages de gueule, qu’ils soient affectifs ou financiers.

A 24 ans, une professeure d’université me voyant enfoncée chaque année un peu plus dans cet sorte d’embryon d’inadaptabilité, me propose d’entamer des études universitaires… je me crois stupide, elle prétend que non. Bof, sans meilleure idée, j’essaie l’Histoire, et, stupeur, réussis.

Mais je ne suis pas une intello, j’aime créer avec mes mains (dessin, BD, sculpture…), alors j’alterne mes idées de vocations, sans jamais m’arrêter à aucune, un vrai papillon bourré qui volerait en zig-zag !

Mise d’un enfant au monde à la sortie des études, et je décide de m’y consacrer… le « vrai » travail attendra, ma maternité prime… Entre atermoiements et décisions incertaines, le temps passe… j’arrive à trente ans en me demandant toujours « ce que je ferai quand je serai grande » !

Une petite chance : un CDD m’offre mon premier boulot d’adulte : je passe trois ans à l’université à travailler agréablement pour la recherche historique… mon meilleur souvenir : faire les relevés des graffitis du Moyen Age de la crypte romane découverte sous notre cathédrale gothique bruxelloise… je décalque ces dessins du fond des âges en écoutant l’organiste répéter ses concerts, je crois qu’il n’y a pas plus agréable que d’être payée pour cela !

La fin de ce merveilleux CDD m’amène doucettement à mes 35 ans et je ne suis toujours « personne »… Ça commence à m’inquiéter… Que faire de la suite de ma vie ? J’envisage de m’installer à Vienne, en Autriche (j’adore cette ville !), mais trop dur pour moi; l’allemand échappe à toutes mes tentatives d’apprivoisement, et changer de vie à ce point avec un enfant est plus que problématique… bref, j’ai pas les épaules, je reste à Bruxelles… le temps continue à passer… en vain ?

Décision soudaine ! Au lieu de « repartir à zéro », pourquoi ne pas faire fructifier mon diplôme d’Histoire reçu près de 8 ans plus tôt ? Envie de devenir prof ? Heu, pas spécialement, mais ça, au moins, c’est un chemin évident et sûr, qui va me sortir de mon ornière ! Et c’est parti pour l’agrégation : j’ai 36 ans…

En Belgique, l’agrégation dure un an, mais c’est une année bien trash… Pas mal abandonnent… moi, vissée dans cette toute nouvelle sérénité de savoir enfin « qui je suis » et « où je vais », je m’accroche… et je réussis. Ça y est ! J’ai un métier !

Voilà, on y est : ma première école ! J’enseigne. Je me dis que je veux devenir un bon prof : le genre compétent dans sa branche, et passionnant à écouter… Est-ce que je mets la barre trop haut ? L’entente avec les élèves est bonne, et les moments de grâce existent (comme par exemple quand on arrive à garder une classe muette quelques instants, bouche ouverte et œil brillant devant ce qu’on lui raconte, et tant d’autres que je garde au chaud dans mon cœur…), mais ma compétence ne suit pas. Je manque de connaissances de fond comme d’explications intelligentes quant à l’actualité… cela me stresse énormément, cela me stresse de plus en plus, surtout quand il m’arrive d’apprendre aux élèves quelque chose que je ne sais moi-même que depuis la veille… J’ai l’impression de pratiquer l’imposture à grande échelle !

Alors, pour pouvoir donner cours, je commence à carburer aux anxiolytiques… c’est le début de la fin. L’angoisse me serre dans son étau paralysant… Un amour raté (deux années de douleur) se greffant à ce malaise permanent, et voilà que je dérape dans la dépression.

C’était il y a bientôt quatre ans… Juin 2006, remerciée par mon directeur, l’enseignement se termine pour moi, à jamais je pense… Je ne veux plus être prof et me retrouve à 40 ans comme avant d’avoir fait l’unif… à me demander qui je suis et ce que je vais faire, mais en plus, engoncée dans une dépression sauvage et des crises d’angoisse de plus en plus fréquentes et lourdes… Je me recroqueville chez moi, je ne sors plus sans angoisser, je m’écarte de mes amis et de ma famille… on me dit peut-être « phobique sociale »…

Peu importe le nom, je reste roulée en boule dans mon terrier, chez moi, c’est ma bulle, mon coin de paix, ma sécurité… Pour le reste, je continue à faire de ma maternité une priorité absolue, mais je ne sais plus rien porter d’autre, et surtout pas un travail…

Un centre de jour m’accueille cette année, en avril 2010, il va peut-être m’aider à démêler les fils… je prends toujours les antidépresseurs et les anxiolytiques, je suis toujours coincée chez moi, le chômage menace de me radier, je me réfugie au creux douillet de la mutuelle, ersatz de mère, cocon protecteur, même si la Belgique ronge progressivement les vieux acquis sociaux que nous pensions éternels…

Au centre, je travaille la pierre et mes mains sont douées pour cela… Une nouvelle piste de vie ? Aucune idée. Ma fille me somme d’écrire un roman, mais tout le monde a un roman dans son tiroir et Pivot disait : »vous voulez faire quelque choses pour la littérature ? De grâce, arrêtez d’écrire ! ». Et puis surtout, mon « art » est réaliste et manque d’originalité, les artistes se sont toute ma vie fait un plaisir de me le rappeler… Ça m’a même fait arrêter de dessiner pendant dix ans…

Alors maintenant, j’ai 44 ans et je ne sais toujours pas ce que je vais faire « quand je serai grande », sauf que la deuxième moitié de ma vie est entamée… Il n’y a toujours aucune réponse à mes interrogations terrifiées, et je tiens jour après jour grâce à ce qui me fait vivre : mon amour pour un enfant, quelques personnes qui m’aiment et que j’aime, des animaux éclopés qui ont besoin de moi, et les plantes, les pierres, la déité de la nature.

Mais pour le reste, je ne sais pas si je vis…

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galopeur4 dans

Le blog de Kate est à cette adresse : http://virya.unblog.fr  Bonne visite !


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Par mondernierjob le 8 juillet, 2010 dans Non classé

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